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Dédramatiser et trouver le vrai trauma.

Avertissement :
ne jamais juger ! Ne jamais dire c'est bien ou c'est mal.
L'important est l'identification des éléments qui sont dans la tête de la personne. Juger ne sert strictement à rien sinon à culpabiliser d'avantage. Mais il faut que le patient ait la démarche de comprendre qu'il y a un truc qui cloche, que l'anorexie ou les TCA, c'est une maladie. Et pour briser un autre tabou, le TCA est une maladie mentale.

Mais attention ! Cette maladie mentale ne fait pas du patient une personne "mauvaise" et incapable de raisonner et d'être intelligente ! Au contraire ! Ces personnes cogitent beaucoup, mais tournent en rond.

Méthode pour sortir de sa prison :

"Se remettre en question et chercher l'injustice qui vous bouffe la vie (attention, ce n'est jamais un problème de poids ! le poids est un symptôme, pas une cause)"

Comment trouver cette injustice ?

faire une liste des choses qui vous sont insupportables, et à chaque chose, trouver les raisons pourquoi elles vous sont insupportables. Une fois que toutes ces souffrances ont été notées, avec la date des débuts de TCA, éliminez toutes les souffrances qui arrivent après la date de début de TCA, car elles ne sont que des sur-couches.

Dédramatiser sans jamais dénier la grande souffrance
car cette grande souffrance est bien réelle. Ce sont les raisonnements qui mènent à la souffrance qu'il faut attaquer, pas la souffrance en elle-même. L'anorexie et d'autres TCA sont des maladies extrêmement dangereuses car amenant à la mort. Alors comment dédramatiser cet état de faits ?

Lui parler franchement et éviter les hypocrisies.

Grâce à vos explications, il doit comprendre que les choses sont claires et prévisibles d'avance pour ce qui est du cheminement de sa guérison :

1 - L'anorexie répond à une mécanique, cette mécanique est connue, quantifiable, dont il a maintenant connaissance (voir "principe de l'anorexie") (même si chaque cas d'anorexie est presque unique tellement il y a de variantes dans les causes personnelles, la mécanique liée au trauma reste la même)

2 - Une fois que le patient et vous, avez déterminé quel est le traumatisme de base, celui ayant amené à la culpabilisation, il faut détruire ce traumatisme en écrivant sur un papier tous les intervenants de l'évènement.

3 - Insister sur le fait que dans la réalité, il n'est "coupable" que de ne pas avoir compris ou su gérer l'évènement, (et même cette culpabilité de ne pas avoir compris à l'époque, ne tient pas, car il ou elle était trop jeune pour comprendre. On ne demande pas à un enfant de conduire un 38 tonnes !), mais JAMAIS il n'est coupable d'une mort par une pensée négative pour cette personne, ou parce que le monde n'est pas merveilleux ou etc.

Alors comment lui faire comprendre cette erreur sans qu'il monte sur ses grands chevaux (à cause de son honneur qui peut l'empêcher de reconnaître que ça arrive à tout le monde de se tromper, surtout quand on est jeune) et comment le faire avancer du côté de la réalité ?

Encore en mettant noir sur blanc tout ce cheminement intellectuel de recherche de "l'élément de base qui a amené à cette culpabilité dans sa tête" ainsi que plusieurs versions des faits, autres que SA version. Pourquoi le mettre noir sur blanc ? Pour qu'il ne soit pas "du vent" qui disparaît, et pour qu'il puisse revoir ce cheminement si il l'oublie.

Note : il y a tellement de "couches de culpabilités" qu'on pourrait croire que ce n'est pas d'un traumatisme dont souffre le patient, mais de plusieurs. Cette impression est très souvent fausse : il y a un trauma grave de base, puis tout un tas d'éléments qui ont été interprétés comme "grave" en plus. Ne pas se tromper dans la source, dans le trauma de base, antérieur à tous les autres.

La date de début des TCA est un bon repère pour éliminer tous les autres survenus après. Mais il faut se méfier du "report" dans le temps de ce début de TCA, comme par exemple dans le domaine du sexe. Si une personne subit un attouchement ou un autre crime sexuel plus violent, l'enfant enterre cet événement (surtout si le criminel lui dit de ne rien dire !). Mais l'enfant grandi et ses hormones, indépendantes de sa volonté, vont lui dire " Sexe ! Sexe ! Sexe ! ".

Ainsi, dans son cerveau on a les informations suivantes :
le sexe "ne doit pas exister," mais "le sexe doit exister". Comment résoudre ce paradoxe ? Comment recréer de l'harmonie qui assurerait sa survie ? En se rendant coupable de cet illogisme, en développant une TCA pour recréer dans l'harmonie. (Evidemment cette harmonie basée sur des éléments faux n'amène pas de vraie harmonie, mais faute de mieux, le patient utilise cette harmonie là).
Voilà pourquoi, parfois, la date de début des TCA subit un report.

Mais attention, comme souvent les TCA arrivent avec l'adolescence et le début de la maturité sexuelle, il ne faut pas faire de généralisation ! Tout n'est pas sexuel contrairement à ce que disait Freud. L'adolescence c'est surtout devenir adulte, donc assumer sa vie, assumer ses choix, assumer ses peurs, or avec n'importe quel traumatisme on peut perdre sa confiance en soit, se sentir perdu, chercher des causes à ce sentiment d'être perdu, etc.

Le mécanisme absolu n'est pas lié au sexe, le mécanisme absolu est :

Evènement mal compris / faute de comprendre cet évènement se transforme en trauma / la cause à ce trauma je ne la connais pas, donc je me mets à la place de la cause / si je suis la cause de l'évènement, je suis coupable et si je suis un coupable, je dois être punis.

Ce sentiment de culpabilité est basé sur une erreur. Le patient n'est jamais coupable, sinon il n'aurait pas développé une TCA.
Ainsi, pour dédramatiser il faut que le patient comprenne qu'il n'est pas ATLAS* soutenant le monde. Il a ses limites, qui ne sont pas "mal" ou "bien", mais qui sont là. Pas la peine d'être la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ou au contraire devenir rien du tout, un microbe, un être insignifiant. Non, le juste équilibre entre ces extrêmes. Et c'est cet équilibre qui apporte l'harmonie tant recherchée, cette harmonie avec soi-même et cette harmonie avec les autres.

Le patient n'est pas ATLAS soutenant l'univers, mais s'il a cette impression, c'est aussi parce qu'il désire être aimer ! Donc faire du bien aux autres ! Donc soutenir les autres ! Etre utile, etc.
Par conséquent, il ne faut plus qu'il se mette la pression, mais il faut qu'il retrouve une source d'amour et d'existence pour quitter cette pression ! Tout cela est compliqué dans sa tête, car il faut gérer les paradoxes de prendre le risque d'être aimé pour soi, de dire "non" sans avoir peur des conséquences, de savoir pourquoi dire "non" et pas seulement le dire pour exister, etc.
Quoi qu'il en soit, l'amour des siens permet de remettre certaines choses à leur place, plus facilement qu'on ne le croit.

*ATLAS est un personnage imaginaire de la mythologie grecque, sensé soutenir la voûte céleste.

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